merlin

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mercredi 25 septembre 2013

Benvenuto, hélas !

On ne devrait jamais lire d'auteurs vivants. Ces gens-là ont en effet une fâcheuse tendance, tant qu'ils ne sont pas morts, à continuer à publier des œuvres, ce qui présente un grave inconvénient : lire leurs nouvelles œuvres donne fatalement envie, quand on les apprécie, de relire les anciennes. C'est une perte de temps considérable, à laquelle on se soustrairait en ne lisant que des écrivains trépassés. Un sage principe, auquel j'ai malheureusement dérogé, en ouvrant Même pas mort, dont je vous ai touché deux mots.

Après l'avoir fini, je me suis donc replongé dans les écrits antérieurs de l'obscur auteur polonais. Mes lectures du moment sont donc très jaworskienne, et ce n'est peut-être pas plus mal, vu le massacre que me semble devoir être la dernière niogretterie en date.

Après avoir relu quelques nouvelles de Janua Vera, je me suis donc trouvé amené à me relancer dans Gagner la guerre, ce qui me promet quelques jours ou quelques semaines en compagnie du narrateur-protagoniste, Benvenuto.

Benvenuto, hélas !

C'est que je ne l'ai jamais aimé, moi, ce Benvenuto. C'est un personnage fort peu recommandable. Un assassin, excusez du peu ! Et pas un brigand d'honneur ! Pas un Robin des Bois, un Mandrin ou un Cartouche ! Non, un vulgaire truand, un salopard sans scrupule et sans qualités morales observables.

Comment, me direz-vous, vous laissez votre peu de dilection pour un personnage influer sur vos goûts littéraires ? Pour des raisons de moralité, qui pis est ? Mais enfin, c'est un niveau de lecture enfantin, cela ! Ce n'est pas sérieux ! Ce n'est pas une lecture savante ! Ce n'est pas digne d'un ancien professeur de lettres ! Ne vous a-t-on pas dit qu'on ne faisait pas de bonne littérature avec de bons sentiments ?

Eh bien, sauf votre respect, belles lectrices, je vous emmerde ! Quand on envoie dans les gencives du lecteur un personnage tel que Benevenuto, il faudrait quelque hypocrisie pour se plaindre qu'il ne plaît pas à tout le monde. Du reste, il faut savoir ce qu'on veut : écrire pour les humains, ou pour les vulcains.

Les vulcains, comme bien on sait, sont gens rationnels et logiques, qui ne se laissent guère troubler par des affects et sont donc certainement capables d'une lecture entièrement dépassionnée. Ce n'est pas eux, certes, qui se laisseraient déranger par la noirceur d'un personnage.

Monsieur Spock n'a pas été gêné par Benvenuto.
Si, en revanche, on souhaite écrire pour un public humain, c'est un peu différent. Les humains sont gens émotifs, dont les goûts et les jugements littéraires sont influencés par les sentiments. C'est triste, mais c'est ainsi. Du reste, je me demande si les vulcains lisent beaucoup de romans. Je n'en suis pas certain.

Je revendique donc hautement, fièrement, et sans le moindre embarras le droit absolu et imprescriptible de clamer mon dégoût de Benvenuto.

Pourtant, je vais relire Gagner la guerre, et même avec plaisir. Jaworski a le don de transporter son lecteur au beau milieu de l'univers qu'il crée, et cet univers est suffisamment intriguant, intéressant, fascinant même, pour que j'aie envie de refaire le voyage. Et qu'importe le guide ! Qu'importe l'amphitryon, pourvu qu'on ait l'ivresse !

Voguons, Benvenuto ! Voguons vers Ressine, où je sais déjà que tu te feras dûment casser la gueule, sans m'inspirer beaucoup de compassion. Et pendant que tu rends tripes et boyaux, je profite des embruns.

Et tu sais quoi, Benvenuto ? Quand je pense que ton auteur va publier encore d'autres trucs, qu'à la sortie de Chasse Royale il me faudra relire Même pas mort, qu'à la sortie de La grande jument, il me faudra relire tout le reste, et qu'à chaque fois je devrai probablement refaire en ta compagnie ce voyage vers Ressine, je me dis que je pourrais t'engager, pour faire passer cet enquiquineur dans la catégorie des auteurs qui n'infligent pas à leurs lecteurs ces corvées répétées.

Mais tes services sont onéreux, et tu n'es pas un très bon assassin de toute façon. Enfin, regarde dans quel pétrin tu te fourres à chaque contrat ! Sont-ce là les habitudes d'un professionnel ?

9 commentaires:

  1. Il est interdit d'assassiner l'obscur auteur polonais avant qu'il ait fini la trilogie, après... Bon on verra (comme disait Janua ;-)).

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    1. Les œuvres inachevées sont les plus fascinantes, pourtant.

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  2. Pas lu le mac en question, mais la photo de Spock ma fait penser à une remarque lorsque je suis allé voir "Alien, le huitième passager" si Spock avait été présent le film aurait durer 3 minutes, le vulcain arrive analyse la situation et pète la gueule au vilain lézard visqueux et ensuite écorche la bestiole et se fait une paire de bottes western chez " Lucchèse" taillées dans la peau du ventre du cousin de Wally l'alligator.

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    1. Les bottiers et autres tanneurs prennent la peau ventrale des crocodiliens pour y faire bottes, vestes et autres chaussures, cette dernière étant plus fine que celle du dessus dont les écailles sont plus rugueuses.

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  3. Mandrin et Cartouche étaient de vulgaires assassins !

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    1. Dans les faits, certainement, mais vous savez fort bien que la légende a fait d'eux des bandits romantiques.

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  4. Tiens, c'est plus le cabinet des curiosités ici? J'ai dû me tromper. Excusez pour le dérangement.

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