merlin

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samedi 14 septembre 2013

Les contorsions de Cúchulainn

Cúchulainn est le principal héros du cycle d'Ulster, le grand corpus épique irlandais. Fils du dieu polytechnicien Lug, merveilleusement beau, Cúchulainn est surtout un extraordinaire combattant, qui doit à son initiation après de la magicienne Scáthach la maîtrise d'une forme de magie guerrière.

Son pouvoir belliqueux se manifeste notamment au travers d'une sorte de frénésie combative, comparable à l'aristie des héros grecs ou à la rage des berserkir scandinaves, qui se saisit parfois de lui et inflige à son corps de hideuses contorsions. Mais jugez plutôt :

"Ses premières contorsions vinrent alors à Cúchulainn et il se rendit horrible, multiforme, monstrueux, étrange. Ses jambes tremblèrent en lui comme un arbre contre le courant d'un fleuve, ou comme un fétu de paille contre le courant ; tremblèrent tous ses membres depuis le sommet de la tête jusqu'au sol. Il fit le jeu méchant du pillard avec son corps au milieu de sa peau. Ses pieds, ses cuisses et ses genoux vinrent derrière lui. Ses talons, ses mollets et ses jambes vinrent devant lui. Les muscles de ses mollets lui vinrent sur le devant des jambes et chaque nœud en était aussi gros que le poing fermé d'un guerrier. Il étendit les muscles de son crâne si bien qu'ils furent dans le creux de la nuque, si bien que c'était aussi grand qu'un enfant d'un mois qu'était chaque protubérance, immense, innombrable, sans égale et sans mesure. [...]

Il s'enfonça l'un de ses yeux dans la tête de telle façon que, de sa joue, un héron aurait eu du mal à l'atteindre au fond de son crâne. L'autre œil jaillit si bien qu'il fut dehors sur sa joue. Sa bouche se contorsionna de façon étrange. Il separa sa joue de l'os de la mâchoire si bien qu'on lui vit le gosier. Ses poumons et ses bronches vinrent voler dans sa bouche et dans sa gorge. [...]

Ses cheveux ondulèrent autour de sa tête comme une branche d'aubépine rouge dans la brèche d'Atalta. Si l'on avait agité autour de lui un pommier royal avec des fruits royaux, c'est à peine si une pomme serait tombée à terre, mais une pomme serait restée fixée à chacun de ses cheveux à cause de la colère qui faisait ses cheveux se dresser en sens contraire.

La lumière du héros se leva sur son front et il fut aussi long et aussi épais qu'une pierre à aiguiser de guerrier, et il était aussi long que son nez. Il devint fou furieux en jouant avec son bouclier, en excitant son cocher et en pressant les armées. Aussi haut, aussi épais, aussi fort, aussi puissant, aussi long que le mât d'un grand navire était le courant, tout droit, de sang sombre, qui surgissait du sommet de sa tête, droit au-dessus de lui, formant un brouillard noir druidique comme le brouillard de l'auberge royale quand le roi vient à son divertissement au soir d'un jour d'hiver."

Patrimoine littéraire européen, racines celtiques et germaniques, De Boeck, 1992. Traduction Christian Guyonvarc'h.

5 commentaires:

  1. Nous avons les mêmes lectures.

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  2. Tiens, tu pourrais nous en dire plus sur l'aristie ?

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    1. Je pourrai essayer d'y consacrer un billet, mais je n'ai pas mon Iliade sous la main, et c'est là qu'on trouve les meilleurs exemples d'aristie. Celles de Virgile et d'Ovide sont ternes, en comparaison.

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  3. C'est gentil de parler de moi ;)

    Blague à part, j'ai bien aimé la comparaison Cuchulainn - Achille de Bernard Sergent, si tu ne l'as pas lu, je te la conseille mon vieux.

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