merlin

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lundi 16 septembre 2013

Un anachronisme attachant

Belles lectrices et beaux lecteurs,

Tout d'abord, je tiens à remercier tous ceux qui ont bien voulu se prêter au jeu de l'énigme d'hier. La chose aurait perdu beaucoup de son sel si personne n'avait pris la peine de participer. Plusieurs des réponses proposées étaient intéressantes. Malheureusement, il ne peut y avoir qu'un gagnant, et ce gagnant n'est autre que Koltchak, puisque la réponse attendue était la cotte de maille.

C'est donc à Koltchak qu'il appartient de choisir, parmi les libellés à droite du blog, auquel devra correspondre le billet de demain. Restreindre le choix à ces libellés déjà employés visant bien sûr à m'assurer que je puisse y consacrer un billet (il y a des tas de sujets sur lesquels je suis absolument incompétent).

Quoi qu'il en soit, je vous propose aujourd'hui  de nous tourner vers le Caucase, et de partir à la découverte des peuples fascinants qui s'y nichaient jadis.

"Les versants septentrionaux de la chaîne du Caucase, les plaines de bonne terre ou de sable qui la bordent vers l'Europe, les tronçons étroits mais luxurieux de bande côtière qui la séparent de la Mer Noire, les trouées qui s'y enfoncent et les vallées qui en draînent les eaux vers le Kouban, le Terek et de moindres fleuves, abritent une des plus remarquables mosaïque de peuples du vieux monde.

Les uns étaient déjà en place lors des premiers témoignages gréco-latins, d'autres ont été repoussés du Nord par les innombrables invasions que l'Asie a lancées vers l'Atlantique ; d'autres encore sont la pointe hardie de telle ou telle de ces invasions, coupée de la masse, accrochée à sa conquête et naturalisée caucasienne en quelques générations par la vertu étonnante du paysage, du climat et des hommes.

Car c'est le second caractère des Caucasiens du Nord : malgré leurs origines si diverses, malgré les rivalités et les guerres vicinales et intestines qui ont tant aidé à la conquête russe et qui n'ont cessé qu'avec elle, il s'est constitué là un type de civilisation matérielle et morale non pas uniforme - les variétés sont nombreuses - mais très caractéristique dès qu'on le compare à ce qui entoure "le Caucase".

Jusqu'au siècle dernier, et parfois plus tard, les structures sociales ont été féodales et patriarcales, étouffant sous des réseaux entremêlés de liens personnels toute velléité d'organisation nationale. La pratique des razzias, la turbulence d'une jeunesse constamment à cheval, les risques mortels dans lesquels vivaient normalement ces villages, une morale fondée sur de riches et archaïques légendes et entretenue par des chants de louange ou de raillerie, avaient exalté partout l'héroïsme, durci en doctrine le mépris de la mort, aiguisé le goût des conduites exceptionnelles et paradoxales.

Tout cela, joint aux conditions de l'économie, faisait aussi que le prestige n'allait pas à la richesse étalée et stabilisée, au luxe des demeures en particulier : c'étaient les fêtes offertes, d'énormes festins, une hospitalité de toutes les heures, une munificence sans compte et sans limite, la bravoure au combat et la parole habile qui "posaient" les grands hommes, dont toute la coquetterie se réduisait à la beauté des armes et à la qualité des montures. 

Tant que le Caucase resta isolé, comme une forteresse peu abordable, cet idéal assez exactement réalisé put se maintenir, l'anarchie se confondant avec l'indépendance. Quand le grand empire voisin du Nord décida la conquête, l'illusion tomba vite : les sociétés caucasiennes qui ne se soumirent pas sans lutte ne réussirent, en un tiers de siècle, qu'à faire la preuve de leur extraordinaire courage et de leur irrémédiable anachronisme. 

Est-il besoin de dire que, aux yeux non du politique, mais de l'humaniste, cet anachronisme même, avec toutes les valeurs qu'il recelait vivantes et qui ne se trouvent ailleurs que fossilisées dans les livres, est prodigieusement attachant ? Plus que de la majesté des lieux, la fascination que le Caucase a exercé sur les plus illustres et les plus sensibles des Russes vient de là."

Le livre des héros, légende sur les Nartes, traduit de l'ossète avec une introduction et des notes par Georges Dumézil, Gallimard, 1965.

Ossète en costume du XVIIIe siècle
Parmi ces peuplades caucasienne, l'une en particulier, les Ossètes, nous a légué un riche corpus de mythes et d'épopées, où l'on trouve abondamment la trace des trois fonctions indo-européennes. Nous aurons l'occasion, sur ce blog, d'évoquer certains des héros de la mythologie ossète : les Nartes.

9 commentaires:

  1. Il a fière allure votre OSSète117.

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    1. Je trouva aussi.

      Vous vous entraînez pour un concours de jeux de mots ?

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    2. Pas particulièrement, j'ai eu à 12 ans un prof de latin-français-histoire qui blaguait beaucoup puis Frédéric Dard, Gotlib, Brétécher etc ont fait le reste et il est trop tard pour me refaire.
      C'est aussi ce prof qui m'a fait apprendre par coeur Le Cor d'Alfred de Vigny.
      Et comme je dis toujours : Les frontières de l'humour sont les mêmes que celles de l'intelligence.

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    3. J'aurais dû finir avec cette phrase magnifique de Brétécher: Le fond de l'hère effraie.

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    4. Dans cet antre, lassés de gêner au palais,
      dansaient entrelacés deux généraux pas laids...

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  2. Vive l'anachronisme !

    Mais l'anachronisme est-il réactionnaire ?

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    1. Et le réactionnaire est-il anachronique ? Graves questions...

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  3. Les ossètes du sud furent très heureux de l'intervention des russes durant la guerre des 5 jours qui leurs permit d’accéder l'indépendance, avant l'intervention russe cette partie de l'ex URSS était un oblast autonome de la Géorgie.

    La tenue de votre ossètes me fait penser à un tcherkesse.

    http://tcherkesse.free.fr/definition/adyga_tcherkess_d.html

    Certains furent au service de la France dans l'Armée du Levant sous les ordres du Général Collet

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    1. J'ignorais tout cela. Vous êtes décidément un puits de science, en dépit de vos dénégations.

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