merlin

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vendredi 11 octobre 2013

Courtoisie

Cette fois, c'est la fin. Il ne me reste plus rien sous  la main, plus aucun livre, à part Gagner la guerre de Jaworski, un dictionnaire d'ancien français, et quelques ouvrages que m'a prêtés Didier Goux. Parmi eux, le Dictionnaire égoïste de la littérature française de Charles Dantzig, un ouvrage dans lequel j'ai picoré avec plaisir. Je recommande ce livre drôle, incisif, érudit et injuste à tous les amoureux de littérature. Evidemment, je suis parfois en désaccord avec Dantzig, dont les goûts et les jugements diffèrent grandement des miens, mais la forme est toujours séduisante, et comment s'agacer sérieusement de tant d'esprit ? Acceptons la raillerie, puisqu'elle est bien tournée.

"Courtois : Dans les romans courtois, les hommes sont des benêts portant heaume qui assomment des dragons pour plaire à des chipies à hennin. Quand ils sont revenus, la chipie (ou Dame), satisfaite, enlumine son Livre des Records. Le courtois, c'est de l'héroïsme mièvre.

Et la grande ruse des femmes du Moyen Age : elles ont poussé les hommes à inventer le style courtois, qui donne un aspect viril à la politesse et la rend applicable par les enfants vieillis qui portent le nom d'hommes. Les hommes sont comme Wencelas dans La Cousine Berte : "Montrez un précipice à un Polonais, il s'y jette aussitôt." Le précipice, ce furent les croisades, pendant lesquelles les femmes gouvernèrent les châteaux.

Le style courtois a infecté la littérature française à vie. Corneille en est plein. Dans Pompée, Rodogune et Héraclius conquièrent afin de rapporter un os à leur maîtresse. Racine a tenté de saboter cet ordre, et c'est dans ce sens qu'il n'est pas féminin. Au XXe siècle, Aragon se pare du style courtois pour écrire Les yeux d'Elsa.

Toute divinisation est une injustice et un esclavage. La raison s'en indigne, la modération y meurt. Le style courtois est une impertinence, envers les hommes, les femmes, l'intelligence et la sensibilité.

Tout le Moyen age n'a pas été servile. Il existe un fabliau du XIIIe siècle, "Le chevalier qui fit les cons parler" où un chevalier reçoit de trois fées, en remerciement d'un service rendu, trois dons : "où qu'il aille il sera bien reçu ; s'il adresse la parole au sexe d'une femme ou d'une bête femelle, celui-ci répondra, à défaut ce serait le cul." Il en tire fortune. C'est la télé-réalité."

2 commentaires:

  1. C'est effectivement bien tourné, je suis moins sûr que ce soit bien réfléchi.
    En tout cas, en ce qui me concerne, je dirais plutôt à propos de la "courtoisie" : "Charmant et doux mensonge, qui vaut mieux que la vérité!"

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    1. Je suis bien d'accord avec vous. J'ai cité ce passage-là, car c'était l'occasion de me moquer de mon propre goût pour la littérature chevaleresque, mais je n'approuve pas entièrement Dantzig.

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