merlin

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vendredi 25 octobre 2013

La prière du plus grand péril

Le héros Emren, fils de Begil, affronte dans ce passage un champion chrétien.

"Ils s'empoignèrent du haut de leurs montures, se désarçonnèrent. L'infidèle était plus fort, et le garçon eut le dessous. Il s'adressa à Dieu le Très-Haut - voyons en quels termes :

"Tu es plus haut que les plus hauts, ô Dieu le Très-Haut,
Nul ne sait comment Tu es, ô mon beau Dieu !
Tu as placé la couronne sur la tête d'Adam,
Tu as maudit Satan,
Pour un péché Tu l'as mis hors de ta demeure !
Tu laissas capturer Abraham,
Tu le couvris, mon Khan, avec du cuir,
Tu le fis jeter au feu,
Tu fis du feu un jardin !
Je me réfugie en ton unicité,
Cher Allah, mon maître, aide-moi !"

L'infidèle dit : "Garçon ! Vaincu, tu pries donc ton Dieu à présent ? Si tu as un Dieu, moi j'ai soixante-douze temples pleins d'idoles !" Le garçon répondit : "Toi, le maudit hérétique, si toi tu implore tes idoles, moi je me réfugie en mon Dieu, qui, du néant, créa les mondes !"

Le Très-Haut ordonna à l'ange Gabriel : "Vas-y, j'accorde à ce serviteur la force de quarante hommes !" a-t-il dit.

Le garçon s'empara de l'infidèle et le frappa par terre. De son nez, le sang coulait comme d'un robinet. Comme un faucon, le garçon lui sauta à la gorge.

L'infidèle lui dit : "Brave, comment nomme-t-on votre religion ? Je choisis la tienne !" Levant le doigt et récitant la profession de foi, il devint musulman."

Le Livre de Dede Korkut, récit de la Geste oghuz, traduit du turc par Louis Bazin et Altan Gokalp, Gallimard, coll. "L'aube des peuples", 1998.

Lire l'épopée turque, c'est voir nos épopées se refléter dans un miroir. Dans ce passages, les parallèles avec nos chansons de geste (la prière épique, l'ennemi considéré comme polythéiste, l'assistance divine au héros, la conversion de l'adversaire valeureux...) sont saisissants.

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