merlin

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vendredi 1 novembre 2013

La Rose céleste

"La plaie grâce à Marie ointe et reclose,
cette dame, à ses pieds, qu'on voit tant belle
fut celle qui l'ouvrit et fit poignante.
Dans la tierce rangée que font les stalles
est assise Rachel, en-dessous d'Eve,
aux côtés de Biétris comme on t'a dit.
Sarah et Rébecca, et puis Judith,
et l'aïeule du chantre à qui sa faute
fit écrier par deuil "Miserere",
tu les peux voir de seuil en seuil logées
en descendant, comme de nom en nom
je vais suivant les feuilles de la rose.
En contreval de ce septième rang
sont ordonnées, comme en amont, les Juives,
telle une raie en pleine chevelure ;
car selon le regard que vers le Christ
put adresser la foi, ci est le mur
où les sacrés étages se refondent.
De cette part où en toutes ses feuilles
la fleur est jà murie, là se reposent
ceux qui ont cru en un Christ à venir ;
de l'autre part, où sont coupés de vides
les demi-cercles, là ont leurs assises
ceux qui en Christ avenu se mirèrent.
Et comme, en çà, forment noble cloison
le glorieux escabel de Marie
dame du ciel et sous lui tous les autres,
de même, en face, est assis le grand Jean
qui souffrit, toujours saint, et le désert
et le martyre, et puis l'enfer deux ans ;
et dessous lui est marqué pareil ordre
à François, et Benoît, et Augustin
et autres jusqu'au bas, de tour en tour.
Or mire ici le haut pourvoi de Dieu :
car l'un et l'autre aspect de notre foi
emplira ce jardin d'égale sorte."

Le Paradis, chant XXXII, Dante, traduction par André Pézard, Gallimard, 1965.

4 commentaires:

  1. N'avez-vous point remarqué, cher Rémi, l'ineffable ridicule de cette traduction ?
    Car Dante n'écrivait pas en une langue archaïsante....

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    1. André Pézard s'en explique : il vise à donner au lecteur français moderne la même impression d'archaïsme qu'éprouve le lecteur italien d'aujourd'hui qui lit Dante dans le texte.

      J'avoue lui trouver un certain charme, à cette traduction. Elle n'est pas qu'archaïsante. Pézard recourt aussi à des néologismes, à des inventions, pour s'approcher de la créativité linguistique de Dante.

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    2. Certes, Rémi. Il n'empêche que le texte devient obscur alors qu'une traduction a pour but de rendre accessible au lecteur une œuvre écrite dans une langue qu'il ignore. Et pas aux seuls médiévistes.

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