merlin

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mardi 10 décembre 2013

Messire Noël

"Une longue et lente gestation, à travers les siècles, finit par agencer et organiser un ensemble d'images et par structurer un scénario emblématique de son identité, clochettes et barbe, hotte et traîneau pour l'essentiel. Mais il y a toujours de la place pour des variantes, toujours de l'espace pour de nouvelles traductions et interprétations poétiques, pour peu qu'elles présentent une analogie avec au moins un des éléments, et qu'elles coïncident avec le noyau central.

Au Moyen Âge, nous avons rencontré saint Nicolas bien sûr, et nous avons rencontré le Chasseur sauvage Hellequin qui sévit sous le nom de roi Hérode. Mais on a mieux : on trouve une première attestation de "Monsieur Noël" au XIIIe siècle chez notre poète arrageois Adam de La Halle [...]. Dans un rondeau qui est une chanson de quête pour Noël, des siècle avant notre Père Noël, apparaît une personnification de Noël : Monseigneur Noël, Mes sires Noueus, est une figure paternelle qui envoie, à l'instar de saint Nicolas, ses "petits enfants", ses "écoliers" quêter à Nohelison pour les pauvres, au temps de Noël."

Karin Ueltschi, Histoire véridique du Père Noël, Imago, 2012.

"Dieu soit dans cette maison,
Bonheur et joie à foison !

Monseigneur Noël
Nous envoie à ses amis,
Aux amoureux,
A tous ceux qui savent vivre,
Pour avoir des sous au temps de Noël.
Dieu soit dans cette maison,
Bonheur et joie à foison !

Monseigneur n'est pas
De ceux qui implorent ;
Aux bonnes maisons
Il nous adresse à sa place,
Nous qui sommes des siens
Et ses petits enfants.
Dieu soit dans cette maison,
Bonheur et joie à foison !"

Adam de La Halle, oeuvres complètes, ed. et trad. par Pierre-Yves Badel, Lettres Gothiques, LGF, 1995.

6 commentaires:

  1. C'est bien calme , cet esplumeoir, ces temps-ci...

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    1. Le taulier a un peu de mal à faire face à ses diverses obligations, mais cela devrait s'arranger en janvier.

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  2. Après avoir lu ce passage, j'ai acheté le bouquin. Malheureusement
    C'était l'un des rares passages intéressants qui traitaient vraiment du sujet annoncé dans le titre.

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    1. Tout le livre traite du sujet annoncé par son titre, mais il le fait en étudiant l'un après l'autre les motifs qui composent la figure du Père Noël. Si vous vous attendiez à une remontée généalogique vers quelque figure précise, vous ne pouviez qu'être déçu, mais mon billet précédent annonçait clairement la couleur :

      "Prétendre remonter aux origines d'une grande figure ancestrale est à peu près aussi illusoire et vain que, pour le philologue, l'obstination à pourchasser le manuscrit O, l'archétype d'un ancien texte : le premier manuscrit parlant du Graal par exemple, ou le premier Roland qui nous livrerait du même coup l'identité de l'auteur."

      La pensée mythique procède par association d'idée, en groupant des constellations de motifs. C'est cela qu'étudie Karin Ueltchi. Si ça ne vous a pas intéressé, c'est sans doute que la mythocritique n'est pas faite pour vous.

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  3. Je ne m'attendais pas à remonter à un personnage précis, je m'attendais à approfondir des mythes propres à des époques précises et à des régions précises.
    Au lieu de ça, j'ai eu l'impression de lire un livre sur la Mesnie Hellequin et sur l'Ankou, au point d'en être écœuré.
    Je ne nie pas que cette dimension est présente dans le mythe, et ce n'était pas une découverte pour moi, j'étais déjà au courant. Mais là, ça a été servi ad nauseam.
    D'autres aspects du mythe n'ont pas été traités où l'on été trop rapidement.
    L'ouvrage m'a donné l'impression de n'être qu'un prétexte pour permettre à l'auteur d'écrire un livre de plus sur son thème de prédilection.

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    1. Sur ce point, vous n'avez sans doute pas entièrement tort.

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