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dimanche 7 février 2016

Voyages extraordinaires

Je viens d'achever la lecture des Voyages extraordinaires de Lucien de Samosate, écrivain de langue grecque du IIe siècle, qui met une fantaisie débridée et un humour acerbe au service d'intentions philosophiques. Il appartenait à l'école des cyniques et fait de Ménippe de Sinoppe un de ses personnages récurrents.


Ce n'est pas une lecture dont je garderai un souvenir impérissable. A travers récits et dialogues prenant place dans un cadre mythologique traditionnel, Lucien ressasse à n'en plus finir quelques idées sur lesquelles il est difficile de le contredire : nous mourrons tous et nous n'emporterons dans la mort aucun bien de ce monde. Soit. Est-ce que pour autant l'attitude des cyniques (ne s'attacher à rien afin de ne rien regretter et de pouvoir ricaner des autres morts) est la meilleure manière de conduire sa vie ? Je n'en suis pas persuadé. Je ne suis d'ailleurs pas bien sûr qu'on puisse ricaner après la mort, et je trouve que Lucien triche un peu en attribuant à son Ménippe le rôle d'un railleur des Enfers, enquiquinant les autres trépassés avec toute la courtoisie et la bonne foi d'un troll internet. Après tout, si les autres philosophes, tels que Socrate, doivent se dépouiller de leur sagesse pour franchir les eaux du Styx, je ne vois pas bien pourquoi Ménippe est autorisé à conserver son esprit caustique et son bagou incisif. Ou, pour le dire autrement, si la mort rend absurde la vie de tout un chacun, je ne vois pas que celle des cyniques y prenne un surcroît de sens. Mais sans doute est-ce parce que le cynisme est pour moi sans attraits.

Quand Lucien consent à faire autre chose que de prêcher par la bouche de Ménippe, il peut se révéler tout à fait divertissant. Par exemple, ses récits de voyages fictifs, où il nous embarque avec beaucoup d'humour dans une navigation littéraire, nourrie de mille souvenirs de lecture et truffée d'allusions à ses devanciers, sont réjouissants de bout en bout. Lucien y laisse libre cours à sa fantaisie, navigue jusqu'à la lune, rencontre les habitants du soleil, se bat contre les créatures étranges qui peuplent les constellations, est avalé par une baleine, vogue sur la cime d'une forêt flottante... Tout ce récit est délicieux, parfois étrangement poétique, et Lucien ne le prend pas au sérieux un seul instant. Là, il charme et amuse, comme un Rabelais antique.

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