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jeudi 5 octobre 2017

Mythologie libérale

Aujourd'hui, j'ai décidé de reprendre mon bâton de pèlerin pour explorer la mythologie méconnue d'un peuple mystérieux et secret : les Libéraux.

Peu religieux à première vue, les Libéraux se réclament pourtant d'une divinité qu'ils honorent et dont ils redoutent les décrets, mais sur le compte de laquelle ils se montrent pourtant très peu prolixes. Cette déité, ils la nomment la Main Invisible. Ils sont très réticents lorsqu'on leur demande de préciser quelles sont ses pouvoirs, ses attributs ou ses exigences. Pourtant, après avoir soigneusement observé les membres de la secte, et en mettant à profit mes vastes connaissances mythologiques et mes dons de comparatiste, je crois avoir élucidé la nature de cette mystérieuse idole.

La Main Invisible n'est autre qu'Hadès, le dieu grec du monde des morts, dont la caractéristique la plus marquante est justement l'invisibilité. En effet, lors de la guerre des dieux et des titans, les trois frères dirigeant le camp des dieux se procurèrent des armes auprès des Cyclopes forgerons : Zeus en reçut la foudre, Poséidon le trident capable d'agiter les mers, et Hadès un casque rendant son porteur invisible.

Souverain des morts, Hadès est également le dieu des richesses, car il est maître du monde souterrain, de tous les métaux précieux qu'il renferme, et de tout ce qui y pousse. Les Romains l'appelaient donc Pluton, c'est à dire "le Riche". C'est surtout sous cet aspect de dispensateur des richesses que les Libéraux le vénèrent, car rien n'est plus important à leurs yeux que l'argent. 

Même s'il est capable de dispenser la richesse, Hadès reste un dieu sombre et inquiétant. Les Grecs ne l'aimaient pas et le nommaient peu volontiers. C'est sans doute pour ne pas l'offenser que les Libéraux le désignent par synecdoque comme la Main Invisible. De la même manière, les Anciens nommaient les redoutables Érinyes, déesses infernales, comme les Euménides ou "Bienveillantes".

Le mythe le plus célèbre relatif à Hadès illustre son rapport ambigu à la richesse, la mainmise qu'il exerce sur elle et son caractère ravisseur et violent. Il s'agit du Rapt de Perséphone. D'après ce récit, Hadès enleva Coré, la fille de Démeter, déesse des moissons, pour en faire son épouse aux Enfers où elle prit le nom de Perséphone. Démeter, désespérée par la perte de sa fille, cessa d'assurer la croissance des céréales et de procurer ainsi aux hommes la nourriture dont ils avaient besoin pour vivre. Hadès ne s'émut pas de cette catastrophe, qui ne pouvait que lui assurer des sujets supplémentaires. Zeus dut intervenir et força son frère à restituer, pour une partie de l'année, Perséphone à sa mère : ainsi furent créées les saisons, et depuis la déesse qui représente la prospérité continue de partager sa vie entre la surface et le monde souterrain : lorsqu'elle demeure auprès d'Hadès, c'est l'hiver sur terre.



Ce mythe éclaire d'un jour nouveau les comportements adoptés par les Libéraux et leurs éthique. Comme leur dieu, les Libéraux sont très désireux de s'accaparer autant de prospérité que possible, par divers moyens (ils appellent cela "être intelligent et industrieux") et de la conserver pour leur propre bénéfice. Comme leur dieu, ils s'émeuvent peu des conséquences de réduire le reste des hommes à la pauvreté. Enfin, à l'image d'Hadès ne consentant à partager Perséphone qu'à contrecœur et non sans rancune vis à vis de Zeus, les Libéraux éprouvent une forte rancœur à l'égard des puissances, telles que l'Etat, qui les contraignent à rendre une partie de la richesse qu'ils ont accaparée.

Les anciens Grecs propitiaient Hadès en lui sacrifiant des brebis ou des taureaux noirs durant la nuit. On peut supposer que les Libéraux en font autant, bien qu'ils soient très silencieux sur le sujet. Certains évoquent parfois l'idée d'offrir à la Main Invisible des sacrifices humains de fonctionnaires, mais les cas réellement attestés de ces pratiques sont, dans l'état actuelle des recherches, extrêmement rares.

J'espère que cet exposé vous aidera à mieux comprendre les Libéraux et leur intéressante religion.

3 commentaires:

  1. Pauvre Adam Smith, et sa main invisible - qui n'est pas de lui.

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  2. Je passe fort rarement chez toi et je ne découvre qu'aujourd'hui ton intéressante mise en miroir qui éclaire l'évidente filiation entre les sectateurs du dieu dont-le-nom-est-légion (libre-échange, libre-truc, libre-chose...)et ceux du le dieu-qui-nous-avalera-tous...

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  3. Je passe moi-même si rarement sur ce blog, maintenant, qu'il n'est plus guère utile de le consulter régulièrement.

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